Lettre ouverte des SMAQ au ministre de la Culture et des Communications
La mythique salle de Québec, Le Pantoum, a fait parler d’elle cette semaine en raison d’un besoin urgent de financement pour rester ouverte. Cette situation n’est pas isolée, mais fait partie d’un problème plus large affectant de nombreux lieux de diffusion indépendants. Dans ce contexte, nous avons rédigé une lettre ouverte adressée au ministre de la Culture et des Communications, M. Mathieu Lacombe, pour souligner cette problématique. La lettre a été publiée ce matin en exclusivité dans Le Devoir – cliquez ici pour la lire sur leur site. Vous trouverez également la lettre reproduite ci-dessous.
La semaine passée, la mythique salle de spectacles de Québec Le Pantoum a lancé un cri du cœur. L’organisme a besoin de 500 000 $ afin de terminer des travaux importants, sans lesquels leurs espaces de diffusion, leurs studios d’enregistrement et leurs espaces communautaires ne rouvriront pas. Un collectif d’une vingtaine d’artistes québécois, incluant Cœur de Pirate, Émile Bilodeau, Lou-Adrianne Cassidy, Ariane Roy et Michel Rivard, entre autres, a publié une lettre ouverte au ministre de la Culture et des Communications M. Mathieu Lacombe pour demander qu’un financement de 250 000 $ soit octroyé à la salle habitant le 76, rue Saint-Vallier Ouest dans le quartier de St-Roch.
Cette situation se présente en grande partie parce que Le Pantoum n’a pas droit au programme Aide aux immobilisations (PAI) du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Cependant, ce dernier est accessible aux diffuseurs « spécialisés ou pluridisciplinaires en arts de la scène ou en arts multidisciplinaires dont la gestion de la programmation relève d’un diffuseur ou d’un producteur soutenu par le CALQ ». Cette définition couvre le Pantoum, avec une exception : il est soutenu par la SODEC et non le CALQ ; son organisme sœur.
Ce critère exclut les lieux de diffusion desservant la grande majorité des artistes musicaux québécois à savoir, les lieux de diffusion indépendants. 80 % des spectacles musicaux professionnels ayant lieu au Québec se passent dans ces salles dites alternatives, qui relèvent pour la grande majorité de la SODEC et non du CALQ. Bien que ces deux sociétés d’états relèvent du ministre de la Culture et des Communications, le PAI ignore les lieux desservant la grande majorité des artistes musicaux québécois.
La situation du Pantoum n’est pas unique. Les SMAQ représente une cinquantaine de lieux de diffusion qui sont collectivement la pierre angulaire de l’écosystème de diffusion et de tournée musicale au Québec. Ces salles ont vu naître les plus grands noms et sont aussi le berceau de l’offre culturelle de demain. Environ un tiers de nos membres aimerait pouvoir accéder au PAI afin d’effectuer des travaux importants ou d’acquérir le bâtiment hébergeant leur lieu, et ce pour éviter de se faire mettre dehors, de subir des hausses de loyer importantes imprévues et de pouvoir gérer l’utilisation des espaces avoisinants afin d’éviter des conflits de voisinage. Ce dernier point est particulièrement important pour les salles montréalaises, dont les opérations sont menacées en permanence dû aux règlements arriérés et anti-cultures qui y demeurent en vigueur, permettant à un seul voisin mécontent d’obtenir la fermeture d’un lieu, et ce malgré au moins une décennie de représentation auprès de nos divers gouvernements municipaux.
Nous rajoutons notre voix derrière le Pantoum et les 23 artistes signataires de ladite lettre, ainsi que toute la communauté gravitant autour de cette institution pour demander non seulement une aide de 250 000 $ du ministère de la Culture et des Communications, mais également pour qu’une intervention temporaire soit mise en place jusqu’à la modification du PAI afin que celui-ci représente l’ensemble de l’écosystème de diffusion qui fait tourner les artistes de notre province. Cela assurera un accès équitable des salles indépendantes aux ressources publiques visant l’immobilisation.
Il est important de noter que l’incohérence des critères d’admissibilité du PAI n’est pas un cas isolé du financement public. Les lieux de diffusion indépendants (qui présentent, rappelons-le, au-delà de 80 % des spectacles musicaux au Québec) sont systématiquement pris dans un contexte de deux poids deux mesures. En mars dernier, le budget 2024-25 du CAQ a annoncé un 28 M $ pour le CALQ sur 4 ans, dont une partie ira aux diffuseurs en arts de la scène. Cependant, les diffuseurs indépendants, accompagnés par la SODEC et inéligibles au CALQ, ont été absents. Soyons honnêtes : le montant octroyé au CALQ dans le dernier budget est anémique et sa clientèle mérite mieux. Cependant, l’absence total de considération pour les lieux qui font rouler la tournée musicale québécoise en sa majorité est encore plus aberrante.
Dans un contexte de précarité sectorielle importante causée par plusieurs facteurs, on retrouve au premier chez les agissements et oublis du gouvernement provincial au fil des dernières années. Nous ne pouvons plus tolérer les angles morts de notre système de gouvernance culturelle. Normalisons, s’il vous plait, M. Lacombe, l’accès aux aides publiques en diffusion pour toutes et tous, avec comme première étape la création d’une porte d’entrée vers de l’aide en immobilisation.
Pour pallier ce besoin, la Pantoum vient de lancer une campagne de sociofinancement à laquelle vous pouvez participer et ainsi, soutenir la scène indépendante Québécoise.
Jon Weisz
Directeur général, Les Scènes de Musique Alternatives Québec